La gestion d’entreprise par l’analyse financière

La gestion d’entreprise par l’analyse financière

Cet article a pour vocation de présenter les ratios financiers à travers trois axes d’étude : l’autonomie financière, la liquidité et la rentabilité.

Au sein de l’écosystème des entreprises, ces indicateurs sont utilisés par différents acteurs:

  • le dirigeant, qui s’appuie sur ces éléments financiers dans le but de comprendre les impacts financiers de ses décisions ;
  • les établissements bancaires, qui utilisent les données financières pour quantifier leurs risques, notamment lors de l’octroi d’un emprunt ;
  • un acquéreur ou un repreneur potentiel, qui reprend les valorisations financières antérieures de l’entité pour définir une valorisation d’achat.

Conseiller nos clients à partir des indicateurs d’autonomie financière

Le ratio d’autonomie financière mesure le degré d’importance des financements internes rapportés aux financements totaux. A l’aide de cet indicateur, le professionnel du chiffre analyse la dépendance du client vis-à-vis des financeurs externes, et en particulier des établissements bancaires.

Le calcul de l’autonomie financière peut se calculer selon plusieurs méthodes :

Indicateur n° 1 : Autonomie financière = Capitaux propres / Total du bilan

En pratique, cet indicateur est restitué sous forme de pourcentage.
Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable interprète, en général, le résultat obtenu de la façon suivante :
• si le taux est supérieur à 20 %, l’entité peut contracter plus facilement des emprunts bancaires du fait de son indépendance financière.
• si le taux est inférieur à 20 %, le professionnel conseille au client de renforcer ses capitaux propres pour pouvoir financer ses nouveaux projets.

Indicateur n° 2 : Autonomie financière = Capitaux propres / Dettes financières

En pratique, cet indicateur est restitué sous forme de ratio.
Les dettes financières prises en compte excluent les dettes inférieures à 1 an, correspondant essentiellement à des découverts bancaires. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable interprète le résultat obtenu de la façon suivante :

• si le ratio est supérieur à 1, l’entité est capable de financer ses dettes financières par ses fonds propres, ce qui valorise la santé financière de l’entité ;

• si le ratio est inférieur à 1, le professionnel alerte le client sur la situation d’endettement de son entité. Il propose des solutions pour restructurer le bilan, telle que l’augmentation de capital.

De plus, l’expert-comptable peut comparer l’autonomie financière à l’aide du ratio d’endettement net.

Indicateur n° 3 : Ratio d’endettement net =Endettement net / Capitaux propres

Le ratio d’endettement net mesure le poids de l’endettement au regard des capitaux propres. Il donne une indication sur le taux d’endettement global moyen d’une structure.
En pratique, cet indicateur est restitué sous forme de ratio. L’endettement net se calcul par la somme des dettes bancaires et financières, des avances en comptes courants consenties par les associés et en excluant les disponibilités et valeurs mobilières de placement (VMP). Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable veille à ce que le ratio ne soit pas trop important pour couvrir le risque de défaillance financière.
Enfin, l’expert-comptable peut comparer l’autonomie financière avec la capacité de remboursement de l’entité.

Indicateur n° 4 : Capacité de remboursement = Endettement net / EBE

Ce ratio exprime le nombre d’années pour rembourser l’endettement avec l’excédent
brut d’exploitation. En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous forme temporelle. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable interprète le résultat obtenu de la façon suivante :
• si la capacité de remboursement est évaluée entre 1 et 5 ans, le professionnel du chiffre peut conseiller le client sur l’utilisation de son excédent, et notamment sa stratégie d’investissement ;
• si la capacité de remboursement est supérieure à 5 années, l’entité est surendettée
par rapport à sa création de richesse. L’expert-comptable alerte sur les risques
liés au surendettement.

Spécifiquement pour les commerçants, il est intéressant de mesurer le ratio de structure suivant, à partir de l’endettement net :

Indicateur n° 5 : Endettement net / Prix d’acquisition du fonds de commerce

Pour les entités vendant des biens, cet indicateur est à suivre de près, notamment pour éviter de perdre ou de ne pas obtenir une caution en tant qu’exploitant. Etudions à présent comment l’expert-comptable peut conseiller son client par le biais des indicateurs de liquidité.

Conseiller nos clients à partir des indicateurs de liquidité

L’indicateur par excellence de la liquidité est le calcul du Fonds de Roulement Net
Global (FRNG). Il permet à la fois de calculer l’équilibre financier sur le long terme (haut de bilan) et sur le court terme (bas de bilan).

Indicateur n° 6 :
• Fonds de roulement net global = Capitaux permanents – Actifs immobilisés
• Ou Fonds de roulement net global = Actifs court terme – Passifs court terme

Le FRNG correspond à un ratio de liquidité générale, il a pour vocation d’analyser la
capacité de l’entité à régler ses dettes à court terme.

En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous une valeur chiffrée, en euros. L’actif à court terme se mesure à partir des créances clients, des disponibilités (pour toutes les entités) et de la valorisation des stocks (pour l’entité de vente de biens). Le passif à court terme se mesure à partir des dettes fournisseurs, des dettes fiscales, des dettes sociales et des autres dettes à
court terme.

Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable interprète le résultat obtenu de la façon suivante :
• si le FRNG est positif, l’excédent constitue un indicateur de stabilité financière venant renforcer la trésorerie de l’entité. L’expert-comptable est alors en mesure de conseiller l’entité dans le renforcement de son actif immobilisé ;
• si le FRNG est négatif, l’entité est dans une situation de sous-capitalisation. Le professionnel du chiffre alerte sur la situation de l’entité et sur les risques potentiels de perte de continuité d’exploitation.
Ensuite, l’expert-comptable peut également calculer la liquidité de l’entité avec le taux de liquidité globale.

Indicateur n° 7 : Taux de liquidité générale = Actifs court terme / passif court terme

En pratique : au-delà des intérêts similaires à la valorisation du FRNG, l’expert-comptable peut analyser la qualité de la liquidité :
• si le taux de liquidité générale est supérieur à 2 : l’entité est très solvable sur le
court terme et le professionnel du chiffre peut conseiller son client sur une stratégie
d’investissement sur le long terme ;
• si le taux de liquidité générale est calculé entre 1 et 2 : le ratio est acceptable, l’entité peut poursuivre son cycle de vie ;
• si le taux de liquidité générale est inférieur à 1 : l’expert-comptable alerte le dirigeant sur les risques de ne pas pouvoir couvrir
ses dettes à court terme.

Cette étude de liquidité globale peut qualitativement être couplée avec le calcul du taux de liquidité immédiate.

Indicateur n° 8 : Taux de liquidité immédiate = Actifs court terme corrigé / passif court terme

En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous forme de ratio.

Cet indicateur mesure la capacité à faire face aux exigences immédiates en excluant pour l’entité de vente de biens, la valorisation des stocks, et pour toutes les entités de services, les frais réglés d’avance.

Remarque : l’exclusion de la valorisation des stocks neutralise la possibilité de sa
dépréciation future. L’exclusion des frais réglés d’avance neutralise le risque de ne
pas pouvoir les récupérer, ou de les récupérer partiellement.

L’expert-comptable interprète le résultat obtenu de la façon suivante :
• si le ratio est supérieur à 1 : l’entité peut faire  face à ses dettes à court terme. L’expert-comptable peut estimer une bonne santé financière de l’entité ;
• si le ratio est inférieur à 1 : l’expert-comptable alerte l’entité sur ses difficultés
présentes et futures à gérer ses obligations à court terme.
Au-delà de l’analyse pure de la liquidité de l’entreprise, l’expert-comptable peut proposer d’autres indicateurs pour appuyer ses propositions stratégiques.

Indicateur n° 9 : Délai de rotation des stocks = Stock moyen × 365 / Achats consommés

En pratique, cet indicateur est restitué sous forme temporelle et ne concerne, bien
entendu, que l’entité de vente de biens. L’expert-comptable réalise une analyse de
l’évolution du délai pour conseiller son client sur les risques de sur-approvisionnement. Si le délai de rotation augmente sur la période, le professionnel du chiffre alerte sur les risques liés à la gestion des stocks. Il met en parallèle
l’évolution du chiffre d’affaires, en cas de diminution des ventes. Si le délai de rotation diminue sur la période, l’expert-comptable identifie de potentielles bonnes pratiques dans l’écoulement des stocks et/ou une amélioration du chiffre d’affaires de l’entité. L’entrepreneur peut également être intéressé par une analyse de la qualité de ses immobilisations.

Indicateur n° 10 : Ratio de vétusté = Immobilisations corporelles nettes /
Immobilisations corporelles brutes

L’objectif de ce ratio est de mesurer le degré d’usure des immobilisations de l’entité.
En pratique, cet indicateur est restitué sous forme de pourcentage. De manière
générale, cet indicateur est pertinent pour l’entrepreneur pour affiner sa stratégie
d’investissement.

Indicateur n° 11 : Ratio de couverture des emplois stables = Capitaux permanents / Actif immobilisé

Autre indicateur de valorisation des immobilisations, ce ratio chiffre dans quelle mesure les immobilisations nettes sont couvertes par les ressources stables.
En pratique, cet indicateur est restitué sous forme de pourcentage. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, cet indicateur identifie si les
immobilisations permettent à l’entité de générer un excédent de liquidité. Si le pourcentage est supérieur à 100 %, l’expert-comptable identifie un axe de financement à un éventuel besoin en fonds de roulement.

En dehors de l’analyse de la liquidité, une crainte majeure de l’entrepreneur est de
ne pas être rentable dans son activité. Le professionnel du chiffre peut proposer des
indicateurs simples permettant au dirigeant d’avoir une vision claire sur sa situation.

Conseiller nos clients à partir des indicateurs de rentabilité

Étudions tout d’abord comment utiliser concrètement l’indicateur de seuil de rentabilité.

Indicateur n° 12 : Seuil de rentabilité = Charges fixes / Marge sur coût variable
La marge sur coût variable se calculant selon la formule suivante :
(Chiffre d’affaires – Charges variables) / Chiffre d’affaires

Le seuil de rentabilité a pour vocation de chiffrer le volume de chiffre d’affaires à partir duquel l’entité réalise un bénéfice. En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous une valeur chiffrée, en euros. L’expert-comptable apporte des conseils pour améliorer la stratégie commerciale de l’entité.

Pour l’entité de vente de biens, le seuil de rentabilité peut se décliner sous la forme :
chiffre d’affaires à réaliser par point de vente, nombre de produits à vendre par jour…Pour celles de services, il peut se décliner sous la forme : nombre de prestations à réaliser par mois, nombre de consultants à planifier… Cet indicateur fait également partie des données pertinentes d’évaluation dans le cadre d’une création ou d’une reprise d’activité : afin de renforcer l’utilité de cet indicateur,
l’expert-comptable peut établir un seuil de rentabilité prévisionnel annuel, trimestriel ou mensuel.

Indicateur n° 13 : Point mort = (Seuil de rentabilité / Chiffre d’affaires) x 365

En pratique, cet indicateur est restitué sous forme temporelle. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable est capable de donner la date à partir de laquelle le seuil de rentabilité est atteint. De la même manière, cet indicateur fait également partie des données pertinentes d’évaluation dans le cadre d’une création ou d’une reprise d’activité. En découle la nécessité d’analyser deux
indicateurs de rentabilité pour l’entrepreneur : la rentabilité économique (ROA) et la rentabilité financière (ROE).

Indicateur n° 14 : Rentabilité économique (ROA) = Excédent brut d’exploitation / Total Actif

En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous forme de ratio. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable utilise ce
ratio pour formaliser le retour sur investissement en lien avec l’activité de l’entité et sa profitabilité. Le professionnel du chiffre peut ensuite sensibiliser le dirigeant sur le lien direct entre la rentabilité économique de son entité, la marge et la rotation.

Indicateur n° 15 : Rentabilité économique (ROA) = (Excédent brut d’exploitation / Chiffre d’affaires) x (Chiffre d’affaires / Total Actif) Ou ROA = Marge x Rotation

En pratique, le dirigeant, par l’analyse de cet indicateur et la mise en exergue du poste « Chiffre d’affaires », peut donc améliorer sa rentabilité en augmentant la marge sur son produit ou service vendu et/ou en augmentant sa tarification.

Indicateur n° 16 : Rentabilité économique (ROA) = (Excédent brut d’exploitation /
Valeur ajoutée) x (Valeur ajoutée / Immobilisations) x (Immobilisations x Total Actif)
Ou ROA = Marge sur valeur ajoutée x Productivité x Degré d’immobilisation de
l’actif

En pratique, le dirigeant identifie, par l’analyse de cet indicateur et la mise en exergue de la valeur ajoutée et du poste Immobilisation, un lien direct entre sa rentabilité et sa productivité. Afin de renforcer la qualité de son analyse, le professionnel du chiffre compare la rentabilité économique de son client avec des
données issues des analyses sectorielles. L’expert-comptable étudie conjointement
la rentabilité économique avec la rentabilité financière.

Indicateur n° 17 : Rentabilité financière (ROE) = Résultat Net / Capitaux propres

En pratique, cet indicateur est généralement restitué sous forme de ratio. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable met en
évidence la rentabilité des capitaux propres. Cet indicateur est particulièrement étudié par les associés ou actionnaires de l’entité, car elle mesure les possibilités de profits liés aux capitaux investis. Afin de renforcer la qualité de son analyse,
le professionnel du chiffre peut mettre en exergue le fait que la rentabilité financière
évolue en fonction de deux paramètres : la rentabilité économique et l’effet de levier
financier. En conséquence, si le dirigeant souhaite améliorer sa rentabilité financière à destination de ses actionnaires ou associés, il doit améliorer sa marge et sa rotation (rentabilité économique), ainsi que son coefficient d’endettement et son coefficient de charges financières (effet de levier). Dans un second temps, l’entrepreneur souhaite également pouvoir mesurer simplement la rentabilité de sa gestion.

Indicateur n° 18 : Taux de marque commerciale = Marge / Chiffre d’affaires

Le taux de marge commerciale étant calculé en fonction des achats consommés, le taux de marque commerciale est calculé en fonction du chiffre d’affaires. En pratique, cet indicateur est restitué sous forme temporelle. Qu’il s’agisse d’une entité vendant des biens ou de services, l’expert-comptable est capable de préciser à partir de quelle date le seuil de rentabilité est atteint. De la même manière, cet indicateur fait également partie des données pertinentes d’évaluation dans le cadre d’une création ou d’une reprise d’activité. Il est également intéressant pour l’entrepreneur de connaître la rentabilité de chaque membre de son équipe.

Indicateur n° 19 : Chiffre d’affaires par salarié = Chiffre d’affaires / Effectif

En pratique, cet indicateur, particulièrement utile pour une entité de services, est restitué sous une valeur chiffrée, en euros. L’expert-comptable propose un indicateur général de calcul de la rentabilité pour chaque salarié de l’entité. Cet indicateur est à l’origine de la mise en place d’un véritable système de contrôle de gestion. Il a pour objectif de faire prendre conscience au dirigeant de la nécessité
de calculer la rentabilité nette de chaque collaborateur. Au cours de la vie de l’entreprise, l’entrepreneur a également besoin de quantifier la rentabilité de ses projets. A cette fin, l’expertcomptable peut utiliser notamment la Valeur
actuelle nette :

Indicateur n° 20 : Valeur Actuelle Nette (VAN) = Somme des flux nets de trésorerie
actualisés pour l’ensemble de la période

En pratique, aussi bien pour les entités de vente de biens ou de services, l’expertcomptable utilise les indicateurs de gestion pour aider le dirigeant dans la performance de ses choix d’investissement. Le professionnel veille à ce que chaque investissement bénéficie d’un suivi régulier, afin d’assurer une économie globale du projet, un retour sur investissement. D’autres indicateurs de gestion peuvent
également être utilisés par le professionnel du chiffre, notamment le Taux Interne de Rentabilité (TIR), le Délai de Récupération des Capitaux Investis (DRCI), ou encore le Taux de rentabilité d’un investissement ROI).


Extrait de l’article rédigé par John Levy & Cyril Degrilart
Paru dans la Revue Française de Comptabilité n° 519 du mois d’avril 2018